Le 11 avril 2020, Mgr Pierbattista Pizzaballa, administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem a présidé la Vigile pascale en la Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, sans aucun fidèle, établissant un parallèle entre la situation liée à la pandémie et l’expérience pascale :

Chers frères et sœurs,

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’expérience que nous vivons ces jours-ci est la plus proche de l’expérience pascale et du signe, ô combien vénérable et toujours puissant, du Saint-Sépulcre du Christ auprès duquel nous vivons.

« Ce que nous vivons, en fait, ce sont des jours marqués par un grand vide : vide de rites, vide de visages, vide de présences, vide de contacts… Une pandémie généralisée et violente a emporté notre sécurité, nos habitudes, nos fêtes, nos rencontres. Une peur, mêlée de confusion et de stupeur s’est emparée de nous. Nous nous sentons perdus, désorientés, aveugles. (…) Les femmes n’ont-elles pas ressenti cela au matin de la première Pâque ? N’était-ce pas là les sentiments des disciples après la douleur du Vendredi Saint et le silence du Samedi ? Leur drame n’était-il pas semblable à ce que nous vivons ? ».

« Nous ne devrions donc pas chercher à fuir ce sentiment trop rapidement. (…) La joie de Pâques, la vraie joie, naît et consiste précisément en une nouvelle capacité à regarder le vide, à dialoguer avec la douleur, à voir les signes de la mort et à croire. (…) Je suis convaincu, en effet, que le vide qui nous atteint dans nos vies ces jours-ci, pour on ne sait combien de temps encore, n’est pas simplement l’absence de personnes ou de choses ou d’habitudes, mais ressemble beaucoup au vide du Tombeau du Seigneur. (…) Je pense donc que dans les jours et les mois à venir, nous aurons tous besoin d’une capacité de contemplation renouvelée, nous aurons tous besoin d’un regard neuf. (…) Une vision : c’est ce que nous demandons, c’est ce que nous voulons. Savoir voir, à travers la douleur et la mort, les choses nouvelles que Dieu crée et recrée ».

« Notre faiblesse ne peut plus être camouflée derrière des stratégies politiques et économiques orgueilleuses et présomptueuses, mais doit être accueillie et vécue dans une plus grande confiance dans le Père et dans nos frères. (…) Face à la souffrance et à la mort qui, ces jours-ci, menacent l’humanité, nous nous rendons compte qu’il nous faut revenir à l’annonce pascale de la Résurrection du Christ et de la nôtre, que nous, chrétiens, avons trop souvent passée sous silence ».

Relayé par Jean-Marie Christen