A l’heure où ce message est envoyé, Pâques est célébré à quelques-uns sur la colline de Crêt-Bérard, comme c’est le cas dans de nombreux endroits. Nous aurions tant voulu vivre ce beau rassemblement avec d’autres, dans le cloître et la chapelle, pour proclamer la Victoire de Dieu sur la Mort et le Malheur. Nous espérons de tout cœur que vous pouvez vous associer à une communauté par les ondes radio ou wifi. 
 

« Alors qu’ils étaient inquiets et confinés, 
Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et leur dit : 
La paix soit avec vous »

(d’après Jean 20, 19). 

C’est à cette paix que nous aspirons,
Plus vitale que nos besoins sanitaires, 
Plus précieuse que la croissance économique, 
Plus authentique que les distractions qui nous manquent, 
Plus généreuse que nos solidarités locales, 
Plus pure que notre atmosphère moins polluée
Plus durable que le répit passager laissé à la Terre
Plus enviable que rallonger nos espérances de vie. 
 

Forts de la paix du Ressuscité, les disciples ne furent jamais plus les mêmes.


Cette transformation profonde fut possible à cause de l’horreur de la croix. Sans rupture dramatique ni changement de perspective, nous répétons le passé. Pour nous, le danger est réel de faire encore plus de ce qui nous tuait avant la crise du coronavirus : plus d’objets, de messages, de stress, de pollution, d’inégalités et de catastrophes naturelles.

Le risque existe aussi d’absolutiser la sécurité et d’y chercher notre salut, en renforçant les contrôles digitaux, les remparts entre nous et les égoïsmes claniques. Tout cela pour tenter de calmer l’anxiété générée par les conséquences de nos excès, et parce que notre monde ne veut pas renoncer à l’illusion qu’il peut se sauver lui-même. La paix du Ressuscité peut nous en libérer : « Tu es incapable de vaincre le Mal et la Mort, mais n’aie crainte, je l’ai fait pour toi ! »

Pâques, c’est Jésus qui est réveillé d’entre les morts ! Vivre en chrétiens, c’est nous laisser réveiller avec lui. Sortir de nos léthargies et de nos rêveries pour revenir au réel avec la clairvoyance et l’énergie de l’Aube. 
 

Ne nous plonge pas dans l’épreuve, mais délivre-nous du Mal !


Voici les derniers mots de la prière de Jésus, son positionnement intime devant les malheurs : « Ne souhaite jamais une crise salvifique, mais aspire à y voir clair à temps et à faire les bons choix ! » Vendredi saint nous a rappelé que l’exaucement de cette prière ne consiste pas en une vie sans souffrance, mais en une vie dont le meilleur et le pire sont vécus dans l’amour.

Nous nous sommes tous engagés pour combattre une maladie nouvelle, en protégeant les plus fragiles et en trouvant des solutions. Cette belle mobilisation ne doit pas nous faire oublier des virus bien plus meurtriers, diffus et contagieux : l’orgueil, la violence, la manipulation, l’injustice et le fatalisme.

Face à d’autres défis majeurs que nous devons relever ensemble, on a trop longtemps entendu : « Impossible, nous ne pouvons rien faire de plus ! » Mais ce printemps, le monde entier s’est mobilisé en trois semaines pour une juste cause. Nous ne pourrons plus nous voiler la face : une forte prise de conscience, une volonté collective et une mise en œuvre coordonnée peuvent changer la face de la Terre. Nous l’avons vu de nos yeux et cela nous donne une vraie espérance à ne pas remettre au tombeau. 

Mais il faut dépasser le stade du « toujours plus de sécurité et de bien-être pour moi et mes proches ». Pour oser lâcher, nous avons besoin de cette paix qui donne l’audace de perdre et de devenir. 

Belle journée de Pâques à chacune et à chacun. 

Jésus Christ est vraiment ressuscité !
 

Alain Monnard, pasteur résident de Crêt-Bérard,

relayé par Jean-Marie Christen